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Kristof

"L'Oeil du loup"
Daniel Pennac

J’ai été baigné dans les mots et dans les histoires. Mon grand-père breton et ma grand-mère polonaise racontaient énormément. Il y avait les histoires de Corrigans, de Baba Yaga, les histoires de terre et de mer, les histoires de pêcheurs qui ne reviennent jamais.
Puis je suis arrivé dans le loiret, vers 12-13 ans. Je venais de Bretagne et j’avais beaucoup déménagé. J’avais souvent cette sensation de ne jamais vraiment être chez moi. Je suis allé dans la bibliothèque de ma nouvelle ville. Je n’étais même pas inscrit. La bibliothécaire m’a observé et m’a demandé ce que j’aimais lire. Je lui ai parlé de pirates, d’aventure, de science-fiction. Elle m’a dit : « Ne bouge pas, j’ai peut-être quelque chose pour toi. »
Elle est revenue avec L’œil du loup. Elle me l’a donné en me disant de revenir lui dire ce que j’en pensais. Je l’ai lu dans l’après-midi. J’ai tellement été ému que j’en ai pleuré. Quand je suis revenu, elle m’a dit : « Alors, qu’est-ce que t’en as pensé ? » Je lui ai raconté et elle m’a répondu : « Tu as tout compris. »
Ce livre m’a touché aussi parce qu’il parle d’exil. Je me suis reconnu dans cet enfant qui devient conteur. Et moi, je suis devenu conteur. Je pense que les choses s’infusent. Un livre peut venir se reposer à l’intérieur de soi et, à un moment donné, devenir une évidence.
Ce livre, je ne l’ai jamais relu. Mais il est là. Dans ma mémoire, imprégné en moi

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